Vous voyez les cars de japonais qui débarquent à 7h du mat à la tour Eiffel, déposent leur troupeaux pour ¼ d’heure, pour les emmener ensuite au Louvre, à l’Arc de Triomphe, au château de Versailles et au mont St Michel, le tout dans la même journée ? Et bien c’est à peu près ce que l’on a enduré pendant deux jours le weekend dernier.
Pour les taïwanais, le concept de voyage organisé est une tautologie. La folle idée selon laquelle on pourrait faire du tourisme autrement qu’à 50 dans un bus (voire à 2 ou 3 bus, c’est quand même plus sûr), ne leur viendrait jamais à l’esprit. Difficile de circuler à Taiwan sans tomber sur ces cohortes d’autobus en file indienne sur l’autoroute, que l’on retrouve ensuite sur les gigantesques parkings aménagés à proximité de la moindre curiosité touristique.
Nous avions donc rendez-vous samedi matin à 6h30 devant l’université. Premier choc culturel: à Taiwan, le voyage est une affaire très sérieuse. 4 bus nous attendaient, avec pour chacun un guide qui semblait s’être préparé à un raid commando en Irak. Casquette aux couleurs de l’agence de voyage, gilet assorti, treillis, drapeau de couleur (une couleur par car) chaussures de montagne (on partait visiter un temple situé au beau milieu d’une ville) et bien entendu l’inévitable micro main libre relié à un haut parleur fixé à la ceinture (même les profs de sport de l’université en sont équipés, il faut dire qu’il doit y avoir une soixantaine d’étudiants par cours). Impossible bien entendu de choisir son car, Raphaëlle et moi étions donc séparés. Une fois embarqué, les choses sérieuses commencent. D’abord on nous explique qu’il faut porter notre badge de couleur (une couleur par car souvenez-vous) bien en évidence pour qu’on puisse facilement nous reconnaître.
Ensuite, on nous demande de nous présenter chacun notre tour au micro du car. Parfait je n’avais rien de mieux à faire un samedi à 6h30 du matin. Et pas question de dormir. Une fille qui avait décidé d’ignorer cette consigne s’est fait rappeler à l’ordre par « Phoebe », notre charmante guide taïwanaise, qui s’est chargée elle-même de la réveiller. Une heure après, on pensait être tirés d’affaire, chacun ayant joué le jeu pour le plus grand plaisir de Phoebe. Elle était tellement contente qu’elle n’en lâchait plus le micro. Elle parlait moitié chinois, moitié anglais, mais en gros j’ai compris qu’elle nous expliquait le déroulement de la journée à la minute près, en répétant chaque information au moins trois fois.Je vous passe la visite du temple, et de la « vielle ville », qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable, ainsi que de la peinture sur canards en bois (voir photos plus bas) pour vous parler de notre « balade » à vélo de l’après midi. D’entrée, Phoebe avait placé la barre assez haut « It is very beautiful. Typical Taiwanese countryside » nous a-t-elle assuré. Après les désillusions de la matinée, j’étais plus que dubitatif, mais je gardais tout de même un mince espoir. Comme j’étais naïf. Tout avait pourtant bien commencé. Après les recommandations d’usage de notre guide préférée (« remember to put sunscreen, don’t forget your water and your sunglasses », répété en anglais et en chinois au moins 4 fois), on arrive sur un parking de 600 places au milieu de nulle part, sur lequel se trouvait foule d’autres autobus comme le nôtre. Visiblement, nous n’étions pas les seuls à avoir eu l’idée de faire cette halte bucolique. Nous suivons ensuite Phoebe et son drapeau jusqu’à un grand hangar où étaient soigneusement rangés des centaines de VTT identiques. Et là, la voix de notre guide se met à retentir à travers tout le hangar : elle avait réussi à brancher son petit micro portable sur la sono surpuissante de l’entrepôt ! Tout ça en plus pour nous dire « one bike each » au cas où on aurait décidé d’en prendre 3, et « be back in an hour » pour la trois centième fois.
Question vélo, ils ne s’étaient pas moqués de nous : amortisseurs, selle rembourrée et freins à disque… je me préparais donc à un parcours du combattant avec rivières à traverser et sentiers escarpés bordés de précipices…
C’était en fait une route à deux voies d’une demi-douzaine de kilomètres de long, plate et sans le moindre virage, fraichement goudronnée et conçue uniquement pour les vélos.

Je ne sais toujours pas ce que nous étions censé y voir. On a pourtant roulé quelques kilomètres, souvent au bord de la route nationale toute proche, dans l’espoir de tomber sur un joli paysage. Mais à part des taïwanais, visiblement ravis eux, se promenant par groupes de 50, on n’a rien trouvé à se mettre sous la dent.

A un moment quand même, nous sommes arrivés à ce qui semblait être le point d’orgue du parcours, au vu de la foule de cyclistes qui s’y était assemblé. On pose nos vélos, et au milieu des casquettes de couleurs, des gilets à bandes réfléchissantes, et des drapeaux on aperçoit quelques wagons rouillés.

Apparemment il ne doit pas y avoir beaucoup de trains à Taiwan : tous les locaux semblaient émerveillés par ces tas de ferrailles et se faisaient prendre en photo à l’intérieur. Du coup on a fait comme tout le monde !

Une demi-heure plus tard on retrouve notre car et notre Phoebe, qui nous propose une séance de karaoké pour égayer le trajet du retour. Tous les cars à touristes de Taiwan sont équipés d’une télé, d’un micro et d’un logiciel de karaoké. Il faut dire que les taïwanais adorent chanter. Et donc tout naturellement, Mme Wu, professeur de chinois qui se trouvait derrière moi, s’est proposé pour entamer les premiers couplets. Avec beaucoup de sérieux et quelques trémolos dans la voix (ils n’écoutent que des chansons à l’eau de rose, avec violons, quelques notes de piano et un chanteur pleurnichant) elle commence à entonner ce qui devait être un hit local. Et tous les autres chinois du car l’ont ensuite imité, avec beaucoup de sérieux, pendant près de 2h. C’est drôle 10 min. Au bout de 20 on en a assez. Au bout de 30 on serait prêt à écouter Chérie FM à la place, au moins on comprend ce qu’ils disent.
Pour finir, quelques photos de notre atelier « peinture sur canards en bois ». Comme vous pouvez le constater, j’ai encore des progrès à faire. Celui de Raphaëlle est quand même plus joli.

5 commentaires:
tain, et dire que j'ai raté ça... :p
j'aurais bien aimé faire mon canard kitschos moi aussi!
Quel article!Charles tu t'es surpassé, ça fait plaisir d'avoir de vos nouvelles et de vous suivre dans vos aventures, pour le coup fort domestiquées. Moi je trouve ces pistes cyclables super, si seulement il y avait les mêmes à Paris, je ne serais plus au bord de l'évanouissement à chaque fois qu'Adrien me contraint à monter en selle. Je vous embrasse, Audrey
Oh les amours de petits canards ! il faut avouer que celui de Raphaëlle a meilleure allure ! Mais, voir Charles s'exécuter avec tant d'attention pour réaliser une si petite chose, relève d'un exploit attendrissant. Quel week end de rêve ! Je vous imaginais en plein exotisme et j'en rêvais... Taipei semble bien loin des paysages peints sur les porcelaines chinoises
Et il faut aussi noter qu'il a fait un canard-superman qui pouvait venir secourir le mien (enfin c'est ce qu'il m'a expliqué)!
Taipei est une ville exotique, mais c'est vrai que ce n'était pas exactement le genre d'exotisme auquel on s'attendait.
C'est une experience très sympathique, en tout cas.
Raphaëlle
Keep up the good work.
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